PARTIE 2 : Les chuchotements en ville étaient une chose, mais les secrets que les femmes gardaient en étaient une autre. À chaque soupçon murmuré par-dessus la clôture correspondait une vérité écrite, cachée, à l'abri des regards. La première de ces vérités provenait du journal de Sarah Dilling, la sage-femme du village. C'était une femme discrète et réservée qui avait mis au monde la moitié des enfants du comté. Des décennies après sa mort, une page pliée fut retrouvée dans un vieux manuel de médecine. L'entrée, écrite d'une main hâtive mais lisible, décrivait en détail la nuit où elle avait été appelée à la ferme de Vancraftoft.
L'accouchement fut secret. Ellis était la mère, mais les notes de Sarah se concentraient sur le père, Joseph. Il était présent dans la pièce, une présence décrite comme trop envahissante, trop vigilante. Le grand-père aurait pu s'inquiéter, mais c'était différent. Il était un protecteur. L'observation la plus poignante de la sage-femme concernait le bébé lui-même, un nourrisson fragile et silencieux. Elle écrivit : « Il y avait quelque chose d'étrange dans son regard », une description vague mais profondément troublante, suggérant une anomalie plus profonde qu'une simple maladie.
Sarah Dilling ne se rendit jamais au tribunal. Ses craintes étaient doubles. Elle redoutait la colère de Joseph, une colère froide et silencieuse qui annonçait des conséquences désastreuses. Mais elle craignait aussi l'Église et la ville elle-même. Plus tard, lors d'une conversation à voix basse avec une voisine, elle confia ce qu'elle croyait sincèrement : que Joseph Vancraftoft était bien le père de l'enfant. Mais révéler une telle chose à voix haute revenait à lui attirer le malheur. Aussi, son passage du journal resta-t-il caché, et le silence perdura.
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