Ma grand-mère demanda à notre mère ce qu’elle comptait faire.

Ma grand-mère demanda à notre mère ce qu’elle comptait faire.

Mais elle restait muette.

Mes petits frères commençait à réclamer notre père.

- Maman, on ne part plus chez papa ? Il est venu nous chercher noor.
Tu nous avais dit que quand quelqu’un s’excuse on doit lui pardonner n’est ce pas. Pardonne lui s’il te plaît.

Et c’était ainsi tous les jours.

Mais ma mère ne répondait jamais.

Les jours passaient , on continuait avec les prières mais sa gorge semblait grossir chaque jour.

Elle ne mangeait presque plus.

Elle parlait difficilement à cause de la douleur.

Nous étions à la cuisine quand un bruit étouffé nous fit sursauter .

Puis les cris.

On s’est précipité dehors.

- Pourquoi la gorge de maman est ainsi ? Elle va mourir ? Demandaient mes frères

Je tournais la tête.

Mon cœur s’arrêta.

Sa gorge…ouverte.

Aucun mot ne sortait de ma bouche.

Quand mon oncle surgit, et couru la couvrir d’un drap direction l’hôpital.

- Qu’est ce qui s’est passé ? Demanda le médecin.

- J’avais une forte envie de vomir. Déclara ma mère

- Non non madame, évitez de parler… infirmière !!

Puis ils entra dans une chambre.

J’étais retournée surveiller mes frères et ma petite sœur.

Tandis que grand-mère était restée à son chevet.

Quelques jours plus tard, la plaie avait cicatrisé.

Elle était grosse…imposante.

Les médecins disaient qu’elle était hors de danger.

Mais moi, je voyais bien.

Ce n’était pas fini.

Son regard… avait changé.

Ma grand-mère appliquait une pommade afin d’aider à la cicatrisation, en chantant des sons de louanges.

Quand notre père est venu.

Cette fois, accompagné de notables.

- Qu’est ce qui se passe ? Demanda ma grand-mère

- Bonjour mbombo ( c’est comme ça qu’on l’appelait au village). Est-ce que tu peux nous accorder quelques minutes. Dit l'un d'eux avec respect.

- Oui je vous écoute. Mireille entre avec les enfants. Dit ma grand-mère en regardant mon père.

- c’est justement pour elle que nous sommes venus. Elle doit être présente.

- Aline, prend tes frères vous entrez.

Je n’avais pas envie d’obéir.

Mais je le fis.

De l’intérieur, j’essayais d’écouter.

En vain.

Les voix étaient trop basses.

Quand ils partirent, ma grand-mère resta silencieuse.

Trop silencieuse.

Je m’approchai.

- Grand-mère… qu’est-ce qu’ils voulaient ?

Elle soupira.

- Ton père veut que vous rentriez vivre avec lui.

Je sentis quelque chose se briser en moi.

- Pourquoi ?

Ma mère, assise à côté, fixait le sol. Absente.

- Il dit qu’il regrette. Qu’il s’est laissé influencer. Qu’il veut réparer ses erreurs… et vous protéger.

Un rire nerveux m’échappa.

- Nous protéger ? Maintenant ?!

Ma voix tremblait.

- Il nous a abandonnés. Il battait maman. Et aujourd’hui, quelques mots suffisent ?

- Aline…

- Non ! Qu’est-ce que ça change ?!

Le regard de ma grand-mère se durcit.

- Tu oublies la tradition.

- Quelle tradition ?! Celle qui nous a laissés mourir ?

Le silence tomba.

- Tu vas me laisser parler, oui ou non ?

Je baissai les yeux.

- Excuse-moi…

Elle reprit, plus calme :

- Ta mère est revenue ici sans remboursement de la dot. Et vos noms… restent ceux de votre père. Même ta petite sœur n’a pas encore d’acte.

Je serrai les poings.

- Alors remboursons ! Et qu’on prenne le nom de grand-père !

- Ce n’est pas si simple.

Je n’avais plus d’arguments.

Juste de la colère.

- Le dernier mot reviendra à ta mère.

Je ne répondis rien à cela…

Cette situation me déplaisait sous tous les rapports.

Tout ce qu’on avait subi… balayé en quelques mots. Comme si rien n’avait compté.

- J’ai compris grand-mère . Les choses ne dépendent pas que de moi. Mais que penses tu de ces événements bizarre. Et la blessure de maman ?

- Ne t’inquiètes pas. Nous croyons en Dieu et c’est lui le Souverain. Les coupables paieront tôt ou tard. Si votre père est manipulé il sera délivré mais s’il ne l’est pas alors ça voudra dire qu’il est juste mauvais.

- Délivré ? Grand-mère tu veux qu’on y retourne ? Pourquoi ?! Tu as pensé à maman ?

- Assez Aline !! Je pense que j’ai déjà donné assez de réponse. Dit ma grand-mère avant de s’en aller.

Mes oncles qui n’allait jamais à l’encontre de la parole de ma grand-mère...

- C’est une femme très avisé. Il vaut mieux l’écouter. M’avait un jour dit mon oncle, Bernard.

Parfois je surprenais ma mère, ma grand-mère et mes oncles discuter mais je ne savais pas ce qu’ils se disaient.

Les jours suivants furent lourds.

Personne ne parlait vraiment.

Ma mère restait à l’écart, enfermée dans ses pensées.

Moi… j’attendais.

Sans savoir quoi espérer.

Je jouais avec mes frères quand ma mère nous appela.

- Les enfants venez.

- Oui ma’a . Tu voulais quelque chose ?

- On va retourner chez votre père.

- Weeeeee. Criaient mes frères

Je ne savais pas comment digérer cette nouvelle.

Je restai immobile.

Comme si le sol s’était ouvert sous mes pieds.

Quelques jours plus tard , nous pliions bagages.

C’est le visage renfrogné que je suivais le reste de la famille.

Tandis que mes frères eux, jubilaient de bonheur.

En même temps je pouvais les comprendre.

Les bons souvenirs qu’ils ont se rattachent à quand notre père était présent.

Ce qui n’était pas mon cas.

À notre arrivée,

Notre grand-mère souriait,

Je ne lui faisait plus confiance.

Mes tantes se tenaient à l’écart,

Elles nous regardaient comme des bêtes de foire.

Mon père, lui était content.

La maison était rangée,

Refaite, presque accueillante.

Aucune trace de femme.

Si mes frères sautaient dans tous les sens .

Moi je regardais…

Je notais…

Je me méfiais.

Ma mère, elle restait silencieuse .

Effacée.

Depuis cet incident, quelque chose en elle c’était éteint.

Ce jour-là, j’ai compris une chose.

Il y a des choses qu’on ne voit pas.

Mais qu’on ressent.

Et dans cette famille…

Le danger ne disparaît jamais.

Il attend.

Dans l’ombre.

Comment ma mère se sentait,

Est-ce qu’elle aimait toujours mon père,

Est-ce qu’elle le faisait pour nous,

Est-ce qu’elle allait se venger ?

Je n’avais aucune réponse à ces questions.

A la maison, les choses étaient belles ,

Trop belles pour être vraies.

Et j’ai appris à mes dépends que dans cette famille,

Le bonheur ne dure jamais .

À suivre ...