Le message de sa fille tenait en 6 mots, et ces 6 mots ont suffi à faire basculer la vie de Laurent Morel : Papa, aide-moi. Je ne peux plus marcher.

Et Claire vit qu’il l’avait vue.

Elle détourna immédiatement les yeux.

— Qui t’a fait ça ?

Elle ne répondit pas.

Il prit son téléphone et appela les secours. Sa voix était calme, précise, comme si une partie de lui avait quitté son corps pour faire ce qu’il fallait pendant que le reste se noyait dans la peur.

Les secours arrivèrent vingt minutes plus tard.

Vingt minutes pendant lesquelles Claire ne lâcha jamais sa main.

Dans l’ambulance, elle resta silencieuse presque tout le trajet.

Puis, juste avant qu’on l’emmène au scanner, elle murmura :

— Je ne suis pas tombée toute seule.

Laurent sentit quelque chose se déchirer à l’intérieur de lui.

Il la regarda.

Elle fixait le plafond.

— Antoine était là.

Le monde sembla devenir très lent autour de lui.

— Qu’est-ce qu’il a fait ?

Claire avala difficilement sa salive.

— On s’est disputés. Je lui ai dit que je voulais partir. Que je ne supportais plus sa manière de tout contrôler. L’argent. Les vêtements. Les appels. Les amis. Même toi.

Laurent ne disait rien.

Parce qu’il avait déjà compris.

Claire continua, d’une voix si faible qu’il devait se pencher pour l’entendre.

— Il m’a suivie jusqu’au sentier. Il disait qu’on devait parler loin des gens. Puis il a commencé à me dire que j’étais ingrate. Que personne ne me croirait. Que sans lui, je ne serais rien.

Une larme coula sur sa tempe.

— Quand j’ai voulu repartir, il m’a attrapée. Très fort. Il m’a poussée. Je suis tombée contre les pierres. Puis il est parti.

Laurent baissa la tête.

Il regardait ses propres mains.

Ces mains qui avaient construit des meubles, porté sa fille quand elle était petite, réparé ses vélos, monté sa chambre, fabriqué la table de son mariage.

Et pour la première fois de sa vie, il eut peur de ce qu’elles pourraient faire à quelqu’un.

Antoine arriva à l’hôpital deux heures plus tard.

Costume bleu marine.

Visage inquiet.

La parfaite incarnation du mari inquiet.

Quand il entra dans la chambre, Laurent était assis près du lit de Claire.

Antoine fit un pas.

— Mon Dieu, Claire… j’ai appris pour l’accident…

Laurent se leva si lentement qu’Antoine s’arrêta net.

— Ne fais pas un pas de plus.

Antoine essaya encore de garder cette voix lisse, propre, raisonnable.

— Laurent, je sais que vous êtes bouleversé, mais—

— Elle m’a tout dit.

 

 

 

Lire la suite sur la page suivante >>