LE TESTAMENT DE LA MONTAGNE

Pas celle qui en était sortie.
Pas celle qui avait survécu.
Quand je suis arrivée à la vieille épicerie où mon petit frère avait travaillé adolescent, j'ai trouvé une jeune fille qui rangeait des sodas dans une glacière. Je lui ai posé des questions sur lui.
Elle a laissé échapper un petit rire gêné.
« Plus personne de cette famille ne travaille ici. Ils disent qu'ils sont partis de l'autre côté de la vallée, où ils ont construit de nouvelles maisons.
De nouvelles maisons. »
Cette phrase me transperça comme un fer rouge.
Des maisons neuves pour tout le monde.
Sauf pour moi.
Cette nuit-là, je compris que je n'avais nulle part où aller.
Je dormis assise derrière la chapelle, mon sac serré contre ma poitrine, le froid me glissant dans le dos comme un couteau. À l'aube, un chien errant me fixa à quelques mètres de distance. Maigre. Immobile. Comme s'il reconnaissait en moi le même abandon.
Je suivis son regard vers les collines.
Alors je me suis souvenue de ce que les vieilles femmes du village racontaient quand j'étais enfant : que là-haut, parmi les broussailles et les pierres noires, se trouvait une grotte maudite où personne n'avait osé pénétrer depuis des décennies. Elles disaient que ceux qui y entraient entendaient des voix la nuit. Que la montagne recelait ce que les hommes voulaient cacher.
J'aurais ri avant.
Après onze ans de prison, une grotte maudite ne me semblait plus le pire qui puisse m'arriver.
J'ai gravi la colline, les jambes engourdies et l'estomac vide. L'air sentait la terre humide et les branches cassées. Chaque pas m'éloignait un peu plus du village, de ses murmures, de son mépris, de l'humiliation d'avoir été libérée pour découvrir que personne ne m'attendait.
La grotte est apparue derrière un groupe de figuiers de Barbarie et de hautes pierres, comme une plaie ouverte dans la montagne.
Sombre.
Silencieuse.
Froide.
Je suis restée là quelques secondes, à l'observer de l'extérieur. Le chien errant était resté en bas, sans monter. Cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Mais l'épuisement peut vaincre la peur quand on n'a plus rien.
Je suis entré.
Une odeur d'humidité et de minéraux figés dans le temps y régnait. De la vieille poussière, quelques branches sèches emportées par le vent, et un coin qui semblait abrité de la pluie. J'ai posé mon sac par terre. Je me suis serré contre moi-même. J'ai fermé les yeux. Pour la première fois depuis ma sortie de prison, j'avais quelque chose qui ressemblait à un refuge.
Ce n'était pas une maison.
Mais c'était un endroit où disparaître.
J'ai ramassé des cailloux et des brindilles pour faire un feu. En déplaçant une pierre plate contre le mur, j'ai entendu un son différent. Pas le bruit sec d'une pierre contre une autre.
Quelque chose de creux.
Je me suis figé.
J'ai touché la pierre à nouveau.

 

 

 

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