Elle est sortie de la cascade nue, pensant qu’elle était seule, mais s’est figée en voyant son patron…

— Sortez, dit-il.

— Je ne crois pas. À partir de maintenant, ce n’est plus une affaire privée. Les administrateurs vont vouloir protéger l’entreprise. Et vous savez comme moi que les marchés n’aiment ni les écarts, ni les jeunes femmes trop proches du pouvoir.

Léa se leva.

— Vous êtes sûre de vouloir jouer à ça ?

Diane tourna vers elle un regard froid.

— Vous n’avez aucune idée de ce à quoi vous jouez, ma petite.

Ce fut la phrase de trop.

— Si cette photo existe, répondit Léa, c’est que quelqu’un nous surveillait. Si quelqu’un nous surveillait, il y aura des métadonnées. Une source. Un appareil. Un envoi. Et si quelqu’un a organisé tout ça, ce ne sera pas compliqué de remonter.

Pendant la première fois depuis le début de cette scène, Diane cligna des yeux.

— Vous n’avez aucune preuve.

— Non. Mais la DSI, si.

Adrien comprit immédiatement le basculement. Lui qui connaissait les rouages internes comme personne vit, dans la crispation de Diane, l’esquisse d’une faute. En moins d’1 heure, il ordonna une vérification complète des accès au réseau du domaine, des caméras extérieures et des échanges envoyés depuis les appareils fournis par l’entreprise.

Les résultats tombèrent avant même la fin de l’après-midi. La photo avait été prise depuis la terrasse latérale du bâtiment, avec un téléphone professionnel rattaché à l’assistante de Diane. L’envoi initial était parti vers une adresse personnelle utilisée déjà à plusieurs reprises pour transmettre anonymement des informations à un blog spécialisé dans les scandales de gouvernance. L’assistante éclata en larmes lors de l’entretien : elle avait agi sur instruction directe, persuadée de “protéger l’entreprise” et d’aider Diane à “prévenir une dérive”.

Diane fut suspendue immédiatement, en attendant la convocation disciplinaire. En quittant le domaine, elle lança à Adrien :

— Vous croyez être différent de votre père, mais vous serez jugé pareil.

La phrase frappa plus fort qu’elle ne l’aurait voulu. Parce qu’au fond, c’était aussi la peur d’Adrien.

Le conseil d’administration convoqua une réunion d’urgence à Paris 2 jours plus tard. Dans la salle vitrée du siège, sous les tableaux abstraits achetés à prix d’or pour donner une âme aux murs, Adrien et Léa comparurent côte à côte devant des administrateurs qui voyaient déjà défiler les gros titres. La presse économique parlait d’“affaire Delcourt”. Les réseaux sociaux avaient choisi leur camp avec la violence habituelle : certains y voyaient un patron prédateur, d’autres une jeune femme opportuniste, d’autres encore une simple histoire d’amour que des élites hypocrites voulaient punir.

La réalité, comme toujours, embarrassait tout le monde.

Adrien parla le premier. Il ne chercha ni à minimiser, ni à théâtraliser.

— J’ai une responsabilité hiérarchique. Je ne la nie pas. J’aurais dû déclarer la situation plus tôt, avant qu’elle n’existe dans le secret. Si le conseil estime que je dois me retirer, je l’entendrai.

Léa sentit plusieurs regards glisser vers elle, déjà prêts à la dissoudre dans le récit de l’homme. Elle redressa le dos.

 

 

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