Léa porta ses bras contre sa poitrine dans un geste aussi instinctif qu’inutile.
— Tournez-vous, dit-elle d’une voix blanche.
Adrien ne répondit pas tout de suite. Le vacarme de l’eau leur tenait lieu de respiration.
— Pardon, finit-il par dire. Je ne savais pas qu’il y avait quelqu’un.
Il se retourna enfin, mais avec une lenteur étrange, presque douloureuse, comme si chacun de ses mouvements pesait plus lourd que d’habitude. Léa se précipita vers la berge, attrapa sa robe, ses sous-vêtements, ses sandales, se débattit avec le tissu humide qui refusait de glisser sur sa peau. Ses doigts tremblaient tellement qu’elle rata deux fois l’agrafe de son soutien-gorge.
Adrien restait immobile, dos à elle.
— Vous pouvez partir maintenant, lança-t-elle, humiliée par le son cassé de sa propre voix.
— Oui.
Mais il ne bougea pas.
Cette immobilité la troubla plus que s’il avait tenté de parler. Elle y sentait la même chose qu’en réunion lorsqu’il défendait un choix contre tout un comité : une force silencieuse, contenue, mais incapable de feindre.
— Tournez-vous complètement, reprit-elle. Et avancez.
Il obéit encore, faisant quelques pas vers le sentier. Quand elle fut enfin habillée, tant bien que mal, robe collée aux cuisses et cheveux encore dégoulinants, elle releva les yeux vers lui. Il se retourna alors, avec prudence.
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