Au même moment, il a posé ses yeux sur mes propres cicatrices — celles de mes césariennes, les marques de l’âge sur mon ventre, et cette longue ligne sur ma hanche après ma chute de l’an dernier. Pendant de longues secondes, nous sommes restés là, deux corps usés, abîmés par les épreuves, la maladie et les années de labeur pour les autres. La tristesse m’envahissait parce que je réalisais tout ce que nous avions manqué : la splendeur de nos jeunesses, la fermeté de nos peaux, toutes ces décennies où nous aurions pu nous découvrir sans ces stigmates de la douleur.
Mais alors, Manuel a laissé échapper un petit rire étouffé, un son si pur qu’il a balayé ma mélancolie. Il a passé ses doigts sur ma cicatrice avec une dévotion presque religieuse.
— « Ne sois pas triste, mon amour, » a-t-il murmuré, la voix brisée par l’émotion. « Ces marques sont les preuves que nous avons survécu l’un sans l’autre pour mieux nous retrouver. Chaque ride, chaque cicatrice est une page de l’histoire que nous avons dû écrire séparément. »
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