Elle est sortie de la cascade nue, pensant qu’elle était seule, mais s’est figée en voyant son patron…

— Merci.

Léa eut un rire léger.

— Pour quoi ?

— Pour avoir été assez courageuse pour me laisser devenir humain.

Elle serra sa main. Leurs vies n’avaient rien d’un conte propre. Ils avaient perdu une certaine innocence, quelques amitiés, l’idée rassurante qu’un destin bien tenu ne tremble jamais. Ils avaient gagné autre chose : une famille, une vérité, un amour sans décor, forgé dans le bruit, la honte, les règles et leur prix.

Sous la cascade, là où tout avait commencé dans la peur, Léa pensa que certaines décisions déforment une existence comme une rivière contourne une pierre. On ne ressort pas indemne. On ne ressort pas intact. Mais on ressort vivant, et parfois cela suffit à bâtir quelque chose de plus solide que la prudence. Alors elle leva les yeux vers l’eau blanche, vers l’homme qu’elle choisirait encore, malgré tout, et comprit que le bonheur n’avait jamais été la paix parfaite. C’était cela : quelque chose d’ordinaire, de cabossé, de disputé par le monde, mais gagné honnêtement. Et c’était précisément pour cette raison qu’il leur appartenait.