Ma sœur venait d’accoucher, alors je suis allée à l’hôpital pour lui rendre visite. Mais alors que je marchais dans le couloir, j’ai entendu la voix de mon mari. “Elle n’a aucune idée. Au moins, elle est bonne pour l’argent.” Puis ma mère a ajouté. “Vous deux méritez d’être heureux. Elle n’est rien d’autre qu’un échec.” Ma sœur a ri et a dit : “Merci. Je veillerai à ce que nous soyons heureux.” Je suis restée silencieuse et me suis éloignée. Mais ce qui s’est passé ensuite les a tous stupéfaits.

Lors d’une audience plus tendue, Inès fut interrogée. Sa voix vacilla dès les premières questions.

— Pourquoi avoir caché l’identité du père ?

— Parce que… parce que c’était compliqué.

— Pour qui ? demanda Maud. Pour vous, ou pour votre sœur ?

Inès baissa les yeux.

— Camille voulait un enfant depuis si longtemps. Je me suis dit…

— Vous vous êtes dit quoi ?

Le silence se tendit comme un fil prêt à casser.

— Que de toute façon, Julien ne l’aimait plus vraiment. Et qu’elle finirait par s’en remettre.

Un murmure parcourut la salle. Camille ne ressentit ni jalousie ni haine à cet instant. Seulement une fatigue immense, celle qu’on éprouve quand quelqu’un qu’on a aimé vous révèle à quel point il vous considérait comme remplaçable.

Puis ce fut au tour de Julien. Il nia d’abord la préméditation, puis admit les transferts. Il parla de confusion émotionnelle, de fragilité, de situation devenue incontrôlable. Maud le découpa avec la précision d’un scalpel.

— Vous avez financé la grossesse de la sœur de votre épouse avec l’épargne destinée au parcours médical de cette même épouse. Oui ou non ?

— Oui.

— Vous avez construit une seconde vie avec des fonds communs sans l’accord de votre femme. Oui ou non ?

— Oui.

— Vous avez évoqué devant témoins et sur enregistrement l’idée qu’elle devait rester “utile”. Oui ou non ?

Il hésita à peine.

 

 

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